Article paru dans le Bioénergie International n°102 de mars 2026
Le projet de rénovation et d’extension du réseau de chaleur de la ville d’Épernay, capitale du Champagne, est née en 2019 au sein de la municipalité avec un double objectif : s’affranchir de la dépendance au gaz fossile pour verdir l’approvisionnement énergétique de la ville et pour stabiliser les coûts du chauffage urbain. Et comme la chaufferie est située en plein cœur du vignoble le plus prestigieux au monde, la Ville a souhaité offrir un débouché aux bois de vigne en lui ménageant une place dans le mix énergétique, en complément du bois et de biométhane.
Troisième révolution pour la chaufferie du Mont Bernon
Située sur les hauteurs de la ville, aux abords directs des vignes de Champagne, la chaufferie du Mont Bernon était, à sa mise en service en 1975, alimentée en charbon national. Après la fermeture des mines françaises, la chaufferie a subi en 2005 une transition vers le gaz naturel avec l’installation de trois chaudières à gaz et une centrale de cogénération. Aujourd’hui, le gaz naturel fossile n’est plus intéressant, tant pour son impact sur le climat que pour les conditions économiques et politiques aléatoires de son approvisionnement. Suite à ses réflexions et à ses décisions, la Ville d’Épernay a confié à Idex la charge de passer la chaufferie en 100 % renouvelable et local, et de développer le réseau vers de nombreux points de consommations importants de la cité tels que l’hôpital Auban-Moët, l’hôtel de Ville, le centre aquatique Bulléo, la gendarmerie, l’école de Belle-Noue, 160 logements de la rue de Picardie et plusieurs Maisons de Champagne.
Suite à la signature de ce contrat de Délégation de Service Public établi pour 24 ans le 1er janvier 2024, Idex a donc entrepris les travaux de modification de la chaufferie à l’été 2024, et en moins de 18 mois, est parvenu à mettre en service les nouvelles chaudières en novembre 2025. Les travaux comprennent également l’extension du réseau de 3 à 13 km, ainsi que la création et la rénovation des sous-stations dont le nombre passe de 18 à 66. Le montant de ces travaux qui s’échelonnent jusqu’à la fin 2026 s’établit à 25 M€ dont 500 k€ ont été ouverts à un financement participatif fin 2024.
Un nouveau mix 100 % bioénergies
Dans la nouvelle configuration de la chaufferie, les installations gaz sont conservées en secours et appoint pour couvrir les pics de froid, mais seront alimentés par du méthane sourcé biogaz via le dispositif des garanties d’origine. Le biométhane sera donc, à hauteur de 10 % du mix énergétique, la dernière source d’énergie à être utilisée.
La production de base de la chaufferie, à laquelle a été adjoint un secteur biomasse, est désormais assurée par de la plaquette forestière issue de forêts locales. Utilisée pure au démarrage, la plaquette forestière sera complétée par du bois de vigne à hauteur de 10 % dès que la filière locale se sera organisée. Au terme de cette organisation la part du bois sera réduite aux alentours de 80 % du mix.
En plus de disposer d’un mix 100 % renouvelable, la production de la chaufferie assure désormais la fourniture d’environ 50 GWh de chaleur par an, correspondant à la consommation de 5000 équivalent-logements, contre 13 GWh lors de la saison 2024-25.
Des bénéfices économiques et environnementaux
Grâce à l’emploi d’énergies renouvelables locales, dont les prix ne sont pas soumis aux tensions internationales, le chauffage urbain sparnacien est ainsi préservé des fluctuations des prix de l’énergie, synonyme de sécurisation des coûts pour les usagers.
Côté climat, l’utilisation de la biomasse réduit l’empreinte carbone du territoire d’environ 9700 tonnes de CO₂ par an soit l’équivalent de 7500 voitures à essence retirées de la circulation. Et au terme des travaux de raccordement, 30 % des besoins de chauffage des bâtiments communaux sera assurée par la bioénergie.
Une production de chaleur biomasse très efficace
La chaufferie dispose désormais de deux chaudières biomasse de 4 et 7 MW, fonctionnant alternativement ou ensemble en fonction des besoins. Ce dimensionnement en deux chaudières abaisse le minimum technique de la production bois, ici à 1 MW avec la petite chaudière, ce qui permet de fonctionner au bois toute l’année sans problème. Et le fait de disposer de deux chaudières permet également de maintenir la production bois même pendant les opérations de maintenance des chaudières qui peuvent se faire alternativement à des périodes bien choisies.
Et pour lisser les besoins qui sont très variables durant la journée, trois ballons de stockage d’eau de 50 m³ ont été installés : ils accumulent la chaleur excédentaire des chaudières à bois durant les périodes de faible demande et la restituent lors des pics de demande quotidiens. Les pics annuels sont quant à eux assurés par les chaudières gaz.
Du côté combustion, les chaudières fournies par le constructeur Uniconfort sont capables de consommer des bois à forte humidité mais également à fort taux de cendres, comme c’est le cas pour les ceps de vigne. Elles sont composées d’une grille mobile, d’une forte masse réfractaire, d’un foyer volumineux à trois parcours de gaz et d’une régulation capable de les conduire de 25 à 100 % de leur puissance avec un rendement optimal. Les deux chaudières sont également équipées d’un système de ramonage pneumatique des échangeurs qui les maintient propres et donc efficaces tout au long de l’année, ceci garantissant un rendement annuel optimal. Et à Épernay, pour encore améliorer le rendement, en sortie des chaudières, des économiseurs récupèrent la chaleur sensible restant dans les fumées.
Pour ce qui est des particules fines résiduelles de la combustion, elles sont captées dans un filtre à manche qui fait tomber les émissions à moins de 30 mg/Nm³ à 6 % d’O₂. La chaufferie et le réseau de chaleur fonctionnent en mode totalement automatique et ne mobilisent que 1,5 ETP pour leur conduite et suivi.
Un système de convoyage du bois innovant
Pour ce projet, Idex a innové en choisissant un double système de convoyage du bois qui se déploie en France depuis quelques années : il s’agit des silos à râteau et des convoyeurs mécano-soudés en tôle galvanisée.
L’installation d’Épernay est ainsi composée de trois silos à plat, équipés chacun d’un râteau, les trois ramenant le combustible vers un convoyeur droit traversant les trois silos en leur extrémité. Ensuite, un deuxième convoyeur transfère la matière hors du bâtiment avant qu’un troisième convoyeur-releveur la distribue vers les chaudières à l’intérieur de la chaufferie. Les trois silos de plain-pied de 200
L’arrière de l’un des 3 silos avec son toploader et son convoyeur mécano-soudé, photo Frédéric Douard
m³ peuvent accueillir chacun deux camions de bois de 100 m³ à fond mouvant qui reculent à l’intérieur pour vider. L’ensemble permet d’alimenter la chaufferie durant tout un week-end.
Ces râteaux, également appelés toploaders en anglais, rassemblent d’abord le bois en fond de silo, ce qui permet au camion suivant d’y pénétrer. Ils désilent ensuite les tas par leur sommet : pour cela le râteau glisse à la surface du tas, appliquant une faible pression et ramenant doucement le combustible vers le convoyeur situé en fond de silo. Ce système est composé d’une structure légère mais robuste. Il nécessite peu d’énergie, peu de génie civil et se trouve être très accessible aux interventions de maintenance : tout ceci en fait une solution de désilage économique en investissement comme en fonctionnement. Les râteaux retenus par Idex ont été construits par la société nantaise AA-Biomasse.
Les convoyeurs quant à eux sont des assemblages de modules standards qui permettent d’obtenir une infinité de formes et de dimensions. Le bois y circule sur un tapis métallique électrozingué adaptable et très robuste qui permet un convoyage mécanique sans frottement. La matière s’y dépose sereinement sans risque de bourrage, de voûtage ou de blocage. La traction de ses maillons par chaînes à haute résistance permet de faire face à toutes les granulométries conventionnelles et tous types de biomasses solides. Ils sont conçus et fabriqués par la société AL Industrie dans l’Allier.
Contacts :
- Le réseau de chaleur : reseau-chaleur-epernay.idex.fr
- Les chaudières biomasse : +39 049 595 20 52 – info@uniconfort.com- www.uniconfort.com/fr/
- Les extracteurs de bois à râteau : 03 39 40 06 93 - contact@aa-biomasse.com – www.aa-biomasse.com
- Les convoyeurs de bois : 04 70 56 58 74 - contact@al-industrie.com – www.al-industrie.fr
- Les ballons de stockage : www.charot.com
Frédéric Douard, en reportage à Épernay
Cet article est paru en premier sur le site https://www.bioenergie-promotion.fr/113484/le-reseau-de-chaleur-depernay-abandonne-le-gaz-fossile-pour-le-bois-et-les-ceps-de-vigne/






