Le réseau de chaleur de Pont-à-Mousson allie biogaz et bois-énergie

Article paru dans le Bioénergie International n°103 de mai 2026

La chaufferie biomasse de Pont-à-Mousson, photo Frédéric Douard

Pont-à-Mousson est une petite ville de Lorraine dont le nom est mondialement connu de par la production de conduites en fonte qui y est réalisée sur son territoire et sous son nom depuis 1866. Située à mi-chemin entre Metz et Nancy, elle compte aujourd’hui 15 000 habitants et s’est développée à cheval sur la rivière Moselle suite à la construction d’un pont au début du 13e siècle pour en relier les deux berges. Son nom vient de la localité voisine, le village de Mousson, situé sur une butte qui surplombe la Moselle de non moins de 200 mètres et qui était jadis ornée d’un château. Pont-à-Mousson est aussi la première ville française qui en 2016 a alimenté son chauffage urbain par la combustion de biogaz. Par la suite, en 2023, pour étendre son réseau de chaleur sur l’autre rive de la Moselle, des conduites de chauffage ont été passées à 18 m sous la rivière sur une longueur de 300 m. Et c’est à l’occasion de cette extension qu’a été créée une chaufferie à bois pour compléter le biogaz.

La ville de Pont-à-Mousson sur les deux berges de la Moselle, photo Ville de Pont-à-Mousson

Une première en France

La ville est située à proximité d’un centre d’enfouissement d’ordures ménagères résiduelles situé sur les communes de Lesménils, Mousson et Pont-à-Mousson. Le site est exploité par Suez qui y valorise une partie du biogaz en le brûlant dans un moteur de cogénération qui fournit 1 MW d’électricité et 1 MW de chaleur. Pour valoriser cette chaleur, et pour utiliser le surplus de biogaz qui devait jusque-là être régulièrement torché, l’idée a germé de valoriser cette ressource pour chauffer des bâtiments.

Les installations de valorisation du biogaz sur le site de Lesménils, photo Frédéric Douard

La ville pouvait alors compter sur un embryon de réseau de chaleur appartenant au bailleur social départemental, Meurthe & Moselle Habitat, et qui chauffait des logements collectifs sur la rive droite. Ceci a servi de base à la réflexion sur la création d’un chauffage urbain élargi. Et en 2014, la Ville a confié à ENGIE Solutions la mission de réaliser la jonction entre la source de biogaz et les besoins thermiques de la cité. Un contrat de délégation de service public a ainsi été conclu pour une durée de 27 ans et une société dédiée, Pont-à-Mousson Énergies, a été créée pour faire fonctionner et entretenir les installations.

ENGIE Solutions a alors mis en place un réseau de chaleur de 6,7 km et y a raccordé une quinzaine de bâtiments publics et privés, en plus des logements collectifs. La chaufferie existante du bailleur social, nommée chaufferie du Parterre, a été convertie en chaufferie centrale, sur laquelle a été connecté une conduite de chaleur de près de 10 km en provenance du site Suez. Et sur ce site, le moteur de cogénération a été complété par deux chaudières à biogaz de 2 MW chacune.

Les deux chaudières à biogaz sur le site de Lesménils, photo Frédéric Douard

Le résultat de ce dispositif mis en service en septembre 2016 et dont l’investissement se montait à 5 M€, fut le chauffage des bâtiments raccordés à 85 % par le biogaz, le complément étant apporté en appoint par les chaudières gaz de la chaufferie du Parterre.

Extension rive gauche du réseau de chaleur

En 2024, afin de poursuivre la décarbonation de son territoire et d’améliorer la qualité de l’air, la Ville de Pont-à-Mousson a confié aux équipes d’ENGIE Solutions la réalisation d’une extension du réseau, cette fois sur la rive gauche de la Moselle, dans le cadre d’un avenant au contrat signé en 2014, et prolongeant les engagements du concessionnaire jusqu’en 2041. De nouveaux investissements d’un montant à 12 M€ ont permis d’étendre à ce stade le réseau de 6,4 km, dont le passage sous la Moselle, et de porter le nombre de raccordement à 52, avec des bâtiments tels que l’Hôtel de Ville, l’Abbaye des Prémontrés, le Centre Hospitalier, le lycée Jean Hanzelet et le collège Jacques Marquette. Ils ont également permis de porter le nombre d’équivalent-logements raccordés de 1200 à 2660, et la livraison de chaleur de 13 à 21 GWh/an.

Passage du réseau de chaleur sous le Moselle en octobre 2023, photo Engie Solutions

La chaufferie biomasse de Montrichard

Pour subvenir à ces nouveaux besoins, une chaufferie biomasse, dite de Montrichard, a été construite et a pour l’instant été équipée d’une chaudière bois de 3,2 MW. Mise en service fin 2024, la chaudière a été fournie par l’un des meilleurs constructeurs de chaudières biomasse au monde, le Suisse Schmid. Cette chaudière, adaptée pour consommer des bois humides alimentés en flux tendu depuis la forêt, dispose d’une technologie de combustion très performante et très automatisée. Des capteurs et caméras y mesurent en permanence les conditions de combustion pour garantir le meilleur rendement possible et les émissions atmosphériques les plus réduites. Et pour compléter cette combustion maîtrisée, des multicyclones et un électrofiltre terminent de purifier les gaz de combustion avant rejet dans l’atmosphère.

Le chaudière à bois Schmid dans l’attente de sa voisine, photo Frédéric Douard

La chaufferie de Montrichard est ainsi raccordée à la chaufferie du Parterre, elle-même raccordée à celle de Lesménils, les trois sites étant gérés, au niveau de la chaleur, par deux techniciens ENGIE Solutions. Une chaudière à gaz naturel de 5,5 MW a également été installée à Montrichard pour compléter les apports de la chaufferie du Parterre. Notons que pour lisser les appels de puissance journaliers, un ballon tampon de 100

La partie échangeur termique de la chaudière biomasse, photo Frédéric Douard

m³ a été installé dans la chaufferie biomasse, dans le but de solliciter le moins possible les chaudières gaz lors des pics de demande, et de donner le temps à la chaudière bois de recompléter ce tampon lors des périodes creuses de la journée.

Par ailleurs, le bois est livré par camions à semi-remorque à fond mouvant dans un hall de 26 m de long et 5 m de large dans lequel ils reculent. Le combustible y est manipulé par un râteau toploader qui ramène le bois vers le convoyeur en fond, libérant la place au sol pour la livraison suivante. Notons également que la toiture de la chaufferie est couverte de 50 kWc de panneaux photovoltaïques qui assurent en autoconsommation 15 % des besoins électriques de la chaufferie.

Le silo d’alimentation en bois est équipé d’un extracteur toplaoder, photo Frédéric Douard

En 2025, suite à tous ces raccordements sur actuellement 13,1 km, le mix énergétique du réseau de chaleur mussipontain était renouvelable à 84 % et se décomposait ainsi : 46 % bois, 38 % biogaz et 17 % gaz naturel.

Le ballon de stockage d’eau du réseau de chaleur de Pont-à-Mousson, photo Frédéric Douard

Signalons enfin que le réseau de chaleur de Pont-à-Mousson est classé et que toutes personnes ou entités construisant ou réalisant des travaux de chauffage sur son parcours, ont obligation de s’y raccorder pour tous besoins supérieurs à 30 kW. Par ailleurs, le concessionnaire mène une politique commerciale active pour également poursuivre l’extension du réseau, en particulier dans la zone économique où a été construite la chaufferie. À cette fin, l’emplacement pour une seconde chaudière bois, a d’ores-et-déjà été prévu pour les futures extensions.

Contacts :

Frédéric Douard, en reportage à Pont-à-Mousson

Cet article est paru en premier sur le site https://www.bioenergie-promotion.fr/115339/le-reseau-de-chaleur-de-pont-a-mousson-allie-biogaz-et-bois-energie/