Article paru dans le Bioénergie International n°103 de mai 2026
L’usine Picardie Granulation dans la zone industrielle de Chaulnes, photo Picardie Granulation
Picardie Granulation est une entreprise de production de granulés de bois située dans le bourg de Chaulnes, près de Péronne dans le département de la Somme. La société a été créée en 2022 par trois associés principaux : Simon Linéatte et Jean-François Saujet, à la base développeurs de projets de biomasse-énergie, ils ont mis en place et exploité les deux centrales de cogénération biomasse de la Somme (Kogeban à Nesle et CBEM à Estrées-Mons) ; et Pierre Berthe, ancien industriel et désormais investisseur. Leur usine, qui a été mise en service le 1er octobre 2025, présente deux grandes singularités : premièrement elle est la seule en France de cette taille au nord de Paris, et deuxièmement elle est encore l’une des rares en France à produire des granulés presque exclusivement à partir d’essences de bois feuillus.
Un projet bienvenu pour l’emploi local
Contrairement à d’autres projets d’usines de granulation qui rencontrent parfois des problèmes d’acceptabilité de la part des riverains, le projet a ici été accueilli à bras ouverts par les habitants et par la communauté de communes de Haute-Picardie dont Chaulnes est le chef-lieu. En effet, la collectivité était en recherche d’un repreneur pour le site sur lequel s’est installée l’entreprise, un ancien site industriel de production de pommes de terre sous vide fermé depuis 10 ans, et cette reprise a permis de créer plus de 30 emplois durables sur place et en a consolidé plus largement beaucoup d’autres dans la filière amont.
La nouvelle usine de Picardie Granulation apporte 100 000 tonnes par an de granulés français supplémentaires sur le marché, photo Frédéric Douard
La seule usine française de granulés de bois au nord de Paris
La région des Hauts-de-France, avec ses 6 millions d’habitants, ne disposait jusque-là d’aucune usine de production de granulés de grande de taille, tous les granulés qu’elle consommait étant importés d’autres régions ou d’autres pays ! La raison du manque de producteur régional reposait sur une double situation concurrentielle. Tout d’abord, côté marché du granulé de bois, la région est le théâtre d’une compétition féroce venue de Belgique, des ports de la Manche et de la mer du Nord, une situation qui a fait péricliter plusieurs petits producteurs locaux et qui a longtemps découragé les nouveaux investisseurs. Et du côté approvisionnement en bois, la forte concentration d’usines de trituration du bois (papier et panneaux) tout autour de la zone (France et Belgique) exposait tout nouvel acteur à des conditions financières d’approvisionnement prohibitives.
Convoyeur de matière première Vecoplan chez Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
Ce qui a changé la donne, c’est la décroissance de la consommation de bois dans la filière papier, faisant suite d’une part à la baisse de la demande pour certains papiers avec la montée en puissance du numérique, mais aussi faisant suite à la mise en place d’une filière du recyclage devenue très efficace. Le déclencheur du projet Picardie Granulation est survenu en 2022 après la fermeture brutale de la papeterie de la Chapelle Darblay située en Normandie toute proche. Car cet événement industriel a instantanément libéré des quantités importantes de ressource en bois, notamment en provenance des scieries régionales. Les porteurs du projet de granulation, qui connaissent bien le secteur, ont alors perçu le besoin, pour ne pas dire le désarroi, des scieries et forestiers de la région qui ne pouvaient plus écouler une partie de leurs sous-produits.
L’intérêt commun étant trouvé, avant de lancer les études, il ne restait plus alors qu’à trouver un lieu d’implantation. Le choix s’est donc porté sur un site existant et géographiquement bien situé : Chaulnes. Car si la région des Hauts-de-France est globalement en tension forte sur le foncier, elle dispose aussi d’un nombre très important de friches industrielles à reconquérir : soit 3000 sur les 15 000 que compte le pays ! C’est donc l’option évidente qui a été retenue, une option offrant un large choix.
Les trois systèmes de filtration des poussières Cattinair chez Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
Ensuite, concernant la localisation de Chaulnes, à première vue, placer une usine de granulés de bois au cœur du bassin betteravier régional pouvait paraître surprenant, d’autant qu’aucune forêt n’apparaît à l’horizon ! Pourtant ce choix était bien stratégique, car le site de Chaulnes est situé au centre de la région, à 3 minutes de la gare TGV Haute-Picardie, mais surtout au croisement des autoroutes A1 et A29, des axes de circulation Nord-sud et Est-ouest qui facilitent l’acheminement des matières premières et l’expédition des granulés. Et concernant les forêts, elles sont largement présentes juste un peu plus loin, à l’ouest, au sud et à l’est de Chaulnes dans un rayon de 150 km. Ainsi dans la pratique, la matière première provient de l’Aisne, de l’Oise et de Champagne, selon un rayon d’approvisionnement moyen à 100 km autour de l’usine.
Une ressource locale et feuillue
La région n’étant pas propice aux essences de bois résineux, l’usine est alimentée à 80 % par des feuillus (chêne, hêtre, peuplier, charme et châtaignier) et à 20 % par des résineux. Les résultats de ce mélange en termes de qualité des granulés sont aujourd’hui très satisfaisants avec un taux de cendres proche de 0,2 % seulement, permettant l’accès à toutes les certifications de qualité, la DIN + ayant été privilégiée pour l’instant, la EN+ étant en en cours d’instruction.
Le poste d’écorçage des rondins Fuji King, élément clé du processus de production, photo Frédéric Douard
Pour ses approvisionnements en bois, Picardie Granulation a ainsi contractualisé sur plusieurs années avec une quinzaine de scieries et d’exploitants forestiers de la région. Ses besoins en matière première s’élèvent à 160 000 tonnes brutes par an, la quantité de bois frais nécessaire pour réaliser 100 000 tonnes de pellets, le ratio étant meilleur qu’avec les résineux, ces derniers étant globalement plus humides. Cet approvisionnement est composé de 60 % de bois rond et de 40 % de plaquettes et sciure blanches. Ces matières sont les sous-produits de l’exploitation forestière (qualité trituration, c’est-à-dire des branches ou des petits bois non-sciables) et des sous-produits de scieries. Pour ses besoins en combustible, utilisé pour le séchage de la matière à granuler, l’usine consomme 35 000 tonnes de bois-énergie par an : 20 000 tonnes d’écorces en provenance de l’écorçage interne des billons à granuler et 15 000 tonnes d’approvisionnement extérieur.
Les granulés de bois feuillus de Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
La stratégie de marché
La région des Hauts-de-France possédant un climat de type océanique, c’est-à-dire peu froid, en tout cas sur sa plus grande partie, elle n’est pas riche en chaudières à granulés. Pour cela, Picardie Granulation a prévu de commercialiser ses granulés à 90 % en sacs, le reste étant disponible pour les distributeurs locaux de vrac.
Les ensacheuses Boga de Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
Concernant les circuits de distribution, l’entreprise a choisi de vendre ses granulés majoritairement sous marques de distributeurs spécialisés comme Total Énergies, Butagaz, Flamino ou Delilcourt. L’entreprise ne souhaite en effet pas entrer dans le jeu des grandes surfaces et de la course perpétuelle aux prix les plus bas qui favorise inévitablement les importations ou les grands déplacements de produits.
Le poste de stockage et chargement des granulés en vrac chez Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
Et pour les distributeurs régionaux souhaitant se démarquer en vendant du produit local, Picardie Granulation a créé sa propre marque « Hauts-de-Flamme » en référence à la région Hauts-de-France. Elle veut par cette démarche mettre en avant sa production locale, redistribuant ses dépenses au niveau local et faisant travailler les locaux.
Une usine à 43 millions d’euros
Picardie Granulation a mis en service son usine sur un terrain de 4 hectares disposant de 8 000 m2 de bâtiments industriels qui ont été réutilisés notamment pour l’ensachage et le stockage. Prévue pour réaliser 100 000 tonnes de granulés par an au démarrage, l’usine a été dimensionnée pour en produire jusqu’à 140 000 tonnes par an.
Modélisation 3D du processus de l’usine de Chaulnes, image Picardie Granulation
Le montant de l’investissement a été réuni par un financement multiple :
- une source principale bancaire auprès d’Arkéa, d’Atlante, du CIC, du Crédit Agricole, du Crédit Mutuel et de la Société Générale,
- un financement participatif via Enerfip qui a mobilisé 2 991 609 € auprès de 2351 éco-épargnants,
- un financement de Bpifrance,
- un soutien public du Fonds Chaleur pour la chaudière biomasse,
- le solde apporté par les 7 associés fondateurs
Le broyeur humide Vecoplan de Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
La chaîne de production des granulés est composée sur sa partie humide d’une station d’écorçage des rondins, d’un broyeur humide Vecoplan de 50 t/h pour réduire les bois ronds en plaquettes P35, d’un broyeur humide Bruks pour affiner les plaquettes en P16, d’un bâtiment de stockage pouvant contenir 4000 tonnes de matières premières affinées d’origines différentes, et d’un séchoir de 13 tonnes d’évaporation par heure alimenté par deux silos actifs : un pour la sciure en alimentation directe et un pour les plaquettes avec passage au crible.
Le séchoir à bande Swiss Combi de Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
Sur sa partie sèche, en dispositions ATEx, la chaîne se compose d’une aspiration des poussières en sortie de séchoir, d’un silo sec de 2000 m³, d’un broyeur-affineur sec et son aspiration, d’un mélangeur de 2 tonnes, de 4 presses de 4 tonnes/heure, d’un refroidisseur et d’un tamis avec leur aspiration. Une fois refroidis, les granulés rejoignent un silo métallique de 700 tonnes qui alimente soit les deux lignes d’ensachage et palettisation, soit le portique de chargement du vrac.
Les presses à granuler Prodesa de Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
Chaque aspiration est équipée d’un Cyclofiltre Cattinair avec pour objectif de dépoussiérer les zones de production de fines et de renvoyer le produit dans le processus pour limiter la perte de matière première. Un premier Cyclofiltre aspire ainsi les poussières en sortie du broyeur humide avec une capacité de capacité de 4 t/h. Un second aspire en ATEx la totalité de la charge du broyeur-affineur avec une capacité de capacité de 18 t/h. Et un troisième aspire également en ATEx plusieurs points de récupération de brisures de pellets sur le processus (refroidisseur, cyclone, chargement camion vrac) pour une capacité de 9 t/h et retour de la matière dans le processus.
L’un des trois systèmes de filtration des poussières Cattinair chez Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
Du côté énergie, le processus a été pensé pour être au maximum local et neutre en carbone. Une chaudière biomasse Uniconfort de 10 MW valorise les écorces pour chauffer le séchoir : elle est capable de consommer des bois très humides, est équipée d’un économiseur sur les fumées et d’un filtre à manches pour garantir des émissions atmosphériques propres. L’électricité verte consommée par l’usine provient directement du champ éolien voisin d’Hallu.
La chaudière bois Uniconfort de 10 MW de Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
Contacts :
- Picardie Granulation : www.picardie-granulation.fr
- Écorçage des rondins : Fabrication par Carmanah Design and Manufacturing Inc. sous licence Fuji Kogyo Co., Ltd. : www.fujikogyo.co.jp
- Broyage humide, convoyage et criblage : 06 80 88 82 03 – bertrand.thiebold@vecoplan.com – www.vecoplan.com/fr
- Second broyage humide : www.bruks-siwertell.com
- Broyage sec et granulation : 07 66 87 54 71 – cgarnier@prodesa.net – www.prodesa.net
- Séchage : +41 79 744 01 92 – info@swisscombi.ch – www.swisscombi.ch
- Chaudière bois : +39 32 75 32 28 05 m.policastri@uniconfort.com – www.uniconfort.com/fr
- Dépoussiérage : 03 81 32 68 00 – info@cattinair.com – www.cattinair.fr
- Ensachage & palettisation : www.bogatecnica.com
Frédéric Douard, en reportage à Chaulnes
Ecran de contrôle de la chaudière bois Uniconfort de 10 MW de Picardie Granulation, photo Frédéric Douard
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