Article paru dans le Bioénergie International n°101 de février 2026
La chaufferie biomasse de la Havetière à Charleville-Mézières, photo Frédéric Douard
La chaufferie de la Havetière bénéficie d’une installation de condensation des fumées, photo Frédéric Douard
En permettant de privilégier le recours aux énergies renouvelables et de récupération, les réseaux de chaleur représentent un levier puissant et efficace pour produire et distribuer de l’énergie thermique durable. À Charleville-Mézières, le chauffage urbain a évolué au fil de ces dernières années sur ce principe pour alimenter logements collectifs, bâtiments et équipements publics, établissements scolaires et entreprises. Ainsi, après 15 ans d’investissements et de développement du chauffage urbain carolomacérien, en 2025, le concessionnaire Dalkia a mis en service une dernière chaufferie qui va permettre au réseau de fonctionner à 100 % à partir d’énergies renouvelables et de chaleur récupérée à l’échéance du 1er janvier 2029.
Le sommet des deux chaudières biomasse à la chaufferie de la Havetière, photo Frédéric Douard
Deux réseaux historiques qui fusionnent
Le réseau de chaleur de la Citadelle
C’est le plus ancien réseau de chaleur de la ville. Il a été créé en 1970 au sud-ouest de la ville, enfermé dans l’un des trois méandres du fleuve Meuse qui façonnent la ville. En juin 2017, la Ville a attribué à Dalkia la délégation de service public du chauffage urbain pour une durée de 25 ans. Deux ans plus tard, le réseau de la citadelle était connecté, par passage au-dessus de la Meuse, au réseau Ronde Couture situé plus au sud.
Synoptique de contrôle de l’ensemble du réseau de chaleur de Charleville-Mézières, photo Frédéric Douard
En 2023, avec ses 12 km et ses 53 sous-stations, dont celle du Centre Hospitalier Nord Ardennes, le réseau Citadelle livrait 34,5 GWh de chaleur. Son mix énergétique était alors composé de gaz naturel pour 40,3 %, de bois-énergie pour 7,4 %, de chaleur industrielle pour 38,8 % et de chaleur de récupération pour 13,5 %. Le taux d’EnR&R (énergies renouvelables et de récupération) était alors de 46,2 %. La chaufferie Citadelle, aujourd’hui renommée Citadelle Sud, dispose en capacité de 12,6 MW de chaudières à gaz, d’un apport de 4,5 MW de chaleur industrielle et de 1,5 MW de chaleur de cogénération gaz.
En 2024, le réseau de la Citadelle a été étendu à un nouveau réseau créé depuis le Centre-Ville vers le nord, nommé branche Citadelle Nord. Le réseau initial de la Citadelle est désormais nommé Citadelle-Manchester, du nom de la rue qui dessert le Centre Hospitalier Nord Ardennes et que longe le réseau. Cette nouvelle branche de 13,7 km relie aujourd’hui 54 bâtiments. Et notons que pour la saison de chauffe 2026-27, l’Hôpital Bel Air, qui dispose d’une chaudière biomasse Heizomat de 1,5 MW mise en service en 2019 et de deux chaudières gaz de 2,5 et 1,75 MW, sera également raccordé au réseau.
Le réseau de chaleur de Ronde Couture
Situé au sud de la ville, positionné au sud du méandre du fleuve Meuse qui abrite le réseau de la Citadelle, le réseau de chaleur de Ronde Couture a été créé en 2009. En 2023, également exploité par Dalkia, avec ses 10 km et ses 70 sous-stations, il livrait 37 GWh. Le mix énergétique était alors assuré par le bois-énergie pour 55,4 %, la récupération de chaleur pour 30,2 %, la chaleur industrielle pour 2,7 %, le gaz naturel pour 9,9 % et le fioul pour 1,9 %. Le taux d’EnR&R était alors de 64,5 %. La chaufferie de Ronde Couture dispose en capacité de 13 MW de chaudières mixtes gaz-fioul, de deux chaudières biomasse Compte.R mises en place en 2009 pour 6,2 MW, d’un apport de 2 MW de chaleur industrielle et de 4,2 MW de chaleur de cogénération gaz.
La chaufferie de Ronde Coutûre à Charleville-Mézières dispose de de deux chaudières biomasse, photo Dalkia
Plus au sud encore, depuis 2019, par son interconnexion avec le réseau Ronde Couture, le réseau de la Citadelle rejoint la commune de Villers-Semeuse où est implantée une usine Stellantis depuis 1974. Ce site industriel, spécialisé dans la fonderie de pièces brutes pour les véhicules du Groupe, est devenu un puits de chaleur fatale, pour le chauffage de l’usine, mais aussi pour le réseau de chaleur de la ville auquel il est raccordé, l’énergie thermique disponible étant très supérieure aux besoins de chauffage de l’industriel. Le constructeur automobile s’est ainsi équipé d’échangeurs sur les neuf fours de sa fonderie et a mis en place une chaufferie biomasse Compte.R de 800 kW en complément. Ceci lui permet de fournir au réseau de chaleur interconnecté jusqu’à 28 GWh chaque année.
Livraison de bois à la chaufferie de la Havetière, photo Frédéric Douard
Aujourd’hui, le chauffage urbain fonctionne donc avec ces quatre chaufferies et une fois toutes les connexions faites, à l’arrêt des cogénérations, le chauffage urbain de Charleville-Mézières s’étendra sur 37 km de longueur, alimentera 179 sous-stations, livrera 120 GWh de chaleur par an à 12 000 équivalents-logements et économisera 22 600 tonnes de CO2 par an grâce à son mix 100 % d’EnR&R.
Une nouvelle chaufferie 100 % bioénergies
La chaufferie de la Havetière, du nom de la rue sur laquelle elle donne, est positionnée en lisière nord-ouest de l’agglomération. Son coût se monte à 14 M€, sur un budget total de 34 millions € pour l’ensemble de la nouvelle branche nord du réseau.
Les alimentations des deux chaudières bois à la chaufferie de la Havetière, photo Frédéric Douard
Filtre à manches à la chaufferie de la Havetière, photo Frédéric Douard
Mise en service en juin 2025, la nouvelle chaufferie bas carbone du quartier de la Havetière dispose d’une puissance de 19,6 MW. Elle est équipée de deux chaudières bois-énergie de 4 et 8 MW fournies par le constructeur Uniconfort, d’une chaudière biométhane de 5 MW qui est alimentée en biométhane via le dispositif des garanties d’origine, d’un système de stockage thermique de 150 m3, d’un système d’épuration des fumées par manches filtrantes, d’un éco-condenseur récupérant jusqu’à 1,9 MW sur les fumées des chaudières biomasse, de 850 m² de panneaux photovoltaïques sur sa toiture, et d’un dispositif de récupération des eaux de pluie de 100 m3.
Cette chaufferie dispose également des silos de stockage du bois qui garantissent une autonomie de fonctionnement de 4 jours à pleine puissance. La consommation prévisionnelle de plaquettes forestières locales de la chaufferie est d’environ 20 000 tonnes par an.
Synoptique de contrôle du condenseur de fumée Scheuch, photo Frédéric Douard
La chaudière biomasse de 8MW à la chaufferie de la Havetière, photo Frédéric Douard
Et pour conclure, précisons que les chaudières mises en place à la Havetière bénéficient des technologies de combustion de dernière génération. Les foyers Uniconfort utilisés ici ont la capacité de consommer des bois très humides grâce à leur forte inertie thermique, à leur grande surface de séchage et à leur grand volume de gazéification. Cette performance est rendue possible par une gestion judicieuse des températures dans le foyer, par la maîtrise des températures de la grille, par l’étagement des alimentations en air comburant et par le recyclage des gaz de combustion sous la grille.
Le stockage tampon à la chaufferie de la Havetière, photo Frédéric Douard
Contacts :
- La ville : www.charleville-mezieres.fr
- L’exploitant : 03 24 33 78 20 - contact.charleville.m@dalkia.fr – www.dalkia.fr
- Le chaudiériste biomasse de la nouvelle chaufferie : +39 32 75 32 28 05 - m.policastri@uniconfort.com – www.uniconfort.com
- Le condenseur de fumée : François Gallic - 06 13 99 43 06 – f.gallic@scheuch.com - www.scheuch-industrial-solutions.com
- La cheminée : Raphaël Lauré – r.laure@beirens.fr 06 78 83 46 23 – www.beirens.fr
Frédéric Douard, en reportage à Charleville-Mézières
La chaudière biométhane à la chaufferie de la Havetière, photo Frédéric Douard
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