VPK Normandie, la première papeterie de France à produire du granulé de bois

Article paru dans le Bioénergie International n°103 de mai 2026

La papeterie d’Alizay en bord de Seine, photo VPK

Paul Comte et Wim Naessens, photo Frédéric Douard

En mai 2023, le groupe papetier belge VPK a remis en service la papeterie d’Alizay près de Rouen après son rachat en 2021. Cette reprise s’est accompagnée d’une adaptation au marché avec la transformation de l’outil de production de papier copie à partir de pâte vierge, et donc de bois, vers du papier pour ondulé réalisé à partir de papiers récupérés. L’entreprise produit ainsi aujourd’hui 400 000 tonnes par an de papier principalement pour carton ondulé, le PPO dans le jargon papetier, à destination notamment du e-commerce sur mesure en France et en Belgique. Mais particularité remarquable, depuis le début de l’année 2026, le site VPK Normandie produit également du granulé de bois : une association avec la production de papier tout à fait unique en France !

Les raisons de cette particularité

Tout d’abord, il faut savoir que juste avant son rachat, le site venait tout juste de faire un pas supplémentaire vers la transition énergétique, avec la mise en service par le papetier Double A, propriété du groupe thaïlandais NPS, le précédent propriétaire de la totalité du site, d’une centrale de cogénération biomasse d’environ 163 MWth générant 35 MW d’électricité verte. Lauréate d’un appel d’offres CRE Biomasse en 2010, cette centrale a mis douze ans à se concrétiser et n’a pas été vendue avec la papeterie. Elle reste ainsi exploitée par NPS au travers de sa filiale locale Biomasse Energie d’Alizay (BEA). Cette source de chaleur, économique et à portée de main, est utilisée par VPK Normandie pour son processus papetier, mais pas en totalité : il restait donc un potentiel de chaleur.

La centrale de cogénération Biomasse Energie Alizay, photo Frédéric Douard

Ensuite, le site acquis par VPK est immense et n’était que très partiellement utilisé, y compris les bâtiments : il existait là également un potentiel. Enfin, l’activité du site ne consommant à ce stade du bois que dans la chaudière de BEA, la surcapacité du parc à bois, de l’offre forestière régionale entretenue pas les activités précédentes, et des installations de traitement du bois (écorçage et broyage de plaquettes), constituaient également un potentiel d’activité. En effet, lorsque le site produisait encore de la pâte vierge, on y préparait 1,2 million de tonnes de bois par an !

L’usine de granulés sur le site VPK d’Alizay, photo VPK

Alors le nouveau propriétaire a trouvé opportun, et même intelligent, de valoriser ces différents potentiels en produisant du granulé de bois, en plus du papier. Et comme pour son papier, il le produit avec une source de chaleur renouvelable et décarbonée, une dimension désormais importante sur le marché européen. Et rien n’étant dû au hasard, cette réflexion a été conduite alors que l’actuel président de la division papier du groupe VPK, Wim Naessens, qui a reçu personnellement votre serviteur à Alizay pour ce reportage, était à la fin des années 2000, le directeur général de la société Énergies Renouvelables des Ardennes, ERDA, lors de la mise en service de cette grande usine de pellets en Belgique !

Un site industriel à l’histoire mouvementée

La papeterie d’Alizay a été créée à partir de 1951 sur les ruines de la Normandie ravagée par la seconde guerre mondiale. Installée en bord de Seine et disposant d’un embranchement ferroviaire, elle avait tout pour faciliter le transport des matières premières et des produits finis. Alors fleuron de l’industrie française, elle a été inaugurée en grandes pompes le 31 janvier 1955 par Pierre Mendes-France, alors chef du gouvernement.

La papeterie du temps de la SICA

Cependant rapidement, avec la mondialisation galopante, la papetière d’Alizay a subi maints soubresauts économiques, et donc maintes mutations. Au gré des restructurations, elle a ainsi connu de nombreux propriétaires (français, canadiens, américains, suédois, finlandais, thaïlandais et aujourd’hui belges) et a souvent changé de nom en 70 ans d’existence : SICA pour Société Industrielle de Cellulose d’Alizay, Alicel, Alipap, Modo Paper, M Real, Double A et aujourd’hui VPK Paper Normandie.

La nouvelle machine à papier d’Alizay, photo VPK

Ces dernières années, en 2013, le groupe papetier thaïlandais Double A a racheté l’ensemble du site à l’industriel finlandais M Real. Plus tard, lors du rachat par VPK, les activités ont été séparées : VPK sur 80 hectares avec la papeterie et Double A sur 10 ha avec la centrale biomasse et la plateforme historique de transformation du bois.

Bobines de papier recyclé, photo VPK

Entre 2021 et 2022, le groupe VPK a lancé un investissement de 200 millions d’euros pour la reconversion de l’outil papier, puis entre 2023 et 2025, un second investissement de 50 millions d’euros pour l’usine de granulés. Et en 2022, VPK a également profité de la place dont il dispose pour transférer l’activité de carton ondulé du site de Fleury-sur-Andelle, à 15 km de là, vers le site d’Alizay.

Verenigde Papier & Kartonfabrieken

Créé en 1935 en Flandre, VPK, pour Verenigde Papier & Kartonfabrieken en néerlandais, qui signifie Les papeteries et cartonneries réunies, demeure une entreprise familiale. Employant environ 7000 personnes sur 70 sites dans 21 pays, le groupe produit du papier recyclé, des emballages en carton ondulé, des emballages et des mandrins en carton compact, et réalise un chiffre d’affaires annuel de 2 milliards d’euros.

Carton plié en Z, photo VPK

VPK, en voisin direct du Nord de la France, est fortement implanté dans le pays avec trois papeteries, neuf usines de carton ondulé et une tuberie implantées sur les Hauts-de-France, la Normandie, l’Île-de-France, ainsi que l’Alsace où elle a converti l’usine Stracel d’UPM en Blue Paper à Strasbourg dès 2013. Avec ses 13 onduleuses en France, en Belgique et au Royaume-Uni, VPK est un acteur important de papier pour ondulé en Europe. Avec ses sept papeteries, elle réalise une production annuelle à 1,5 million de tonnes, dont 1 million de tonnes en France, entre les sites d’Alizay, de Strasbourg et de Moulin-neuf près de Bordeaux.

La décarbonation de l’activité papier avec trois combustibles de substitution : bois, biogaz et CSR

Le groupe VPK s’est engagé à respecter la trajectoire du Pacte Vert Européen et a pour objectif d’offrir à ses clients des produits de haute qualité à faibles émissions de carbone.

La station d’épuration des eaux de la papeterie produit du biogaz, photo VPK

Pour son activité papetière, VPK Normandie utilise du papier à recycler et récupéré essentiellement dans un rayon de maximum 250 km. Ensuite, considérant que la production d’une tonne de papier demande en moyenne 1,5 tonne de vapeur, l’activité a besoin de 675 000 tonnes de vapeur par an, soit un peu moins de 420 GWh. Pour cela, l’entreprise utilise trois filières de production de vapeur décarbonées : du biogaz, du bois-énergie et du combustible solide de récupération (CSR).

Le méthaniseur et le gazomètre de biogaz chez VPK Normandie, photo Frédéric Douard

Le biogaz provient de la méthanisation des boues de la station d’épuration des eaux de la papeterie dans un digesteur vertical de 2 500 m³, mis en place par VPK en 2023 et qui produit 600 m³ de biogaz par heure. Le biogaz est utilisé en priorité dans une chaudière de 9,4 MW et dont le brûleur a été adapté. Elle assure la fourniture de 37 GWh de vapeur chaque année pour la production de carton ondulé sur le site.

Le broyeur de rondins géant Andritz de BEA, photo Frédéric Douard

Le bois-énergie apporte la plus grosse contribution de vapeur décarbonée de l’ordre de 280 GWh par an. Cette vapeur est fournie par la chaudière de BEA qui consomme à l’année environ 300 000 tonnes de bois-énergie (écorces, plaquettes forestières, bois de classe A sorti du statut de déchets). Et cœur de son activité, la centrale BEA produit aussi plus de 300 GWh d’électricité verte par an.

Systèmes d’alimentation en combustibles de la chaudière de BEA, photo Frédéric Douard

Le CSR, ici représenté par ce qu’on appelle les refus de pulpeur dans le jargon papetier, est composé des parties provenant des vieux papiers et non conformes à la production de pâte à papier avec notamment des plastiques, des colles, des fibres abîmées et d’autres corps étrangers de petites tailles. Produit et calibré par VPK, ce CSR est transféré sur le site de BEA pour cocombustion dans sa chaudière dans un rapport massique de 90 % de bois et 10 % de CSR. Le volume annuel valorisé est ainsi de 30 000 tonnes environ, ce qui avec un pouvoir calorifique inférieur de 3,33 kWh/kg permet à la chaudière d’en sortir 90 GWh par an.

Le CSR utilisé en cocombustion dans la chaudière de BEA, photo Frédéric Douard, photo Frédéric Douard

Et pour préciser un peu plus, la chaudière utilisée par BEA a été construite et installée en 1990 par Stein Industrie pour brûler de la liqueur noire, un liquide organique combustible noir comme du goudron et généré par le processus papetier qui sépare la lignine du bois des fibres de cellulose. En 2021, dans le cadre de la mise en œuvre de la cogénération biomasse, cette chaudière a été modifiée par Valmet pour qu’elle puisse consommer des combustibles solides.

La base de la chaudière aménagée en lit fluidisé bouillonnant de BEA, photo Frédéric Douard

Depuis lors, équipée d’un foyer à lit fluidisé bouillonnant, elle produit vapeur et électricité via une turbine à condensation. Sa production thermique primaire, c’est-à-dire avant turbinage, est de 160 tonnes/heure de vapeur à 460°C et 62 bar. La vapeur livrée par BEA à la papeterie est par contre de la vapeur détendue à 4,5 bar, et prélevée en sortie de turbine. La papeterie en consomme de 50 à 80 tonnes/heure. Notons enfin sur cette partie, que VPK possède également deux chaudières à gaz naturel de 38 MW, l’une en secours l’une de l’autre, et utilisées uniquement lorsque la chaudière BEA est en maintenance.

Récupération de chaleur sur les fumées de la centrale biomasse, sous la nouvelle cheminé de gauche, photo Frédéric Douard

Le condenseur de 25 MW sur les fumées de la chaudière de BEA, photo Frédéric Douard

La décarbonation de l’activité granulés

Pour la production de granulés, VPK a réalisé un investissement en deux parties en sortie de la chaudière de BEA, et qui récupère 25 MW de chaleur sur les fumées. La première partie est un économiseur qui collecte 5 MW à 93 °C juste en sortie de l’échangeur principal en haute pression. La seconde partie détourne les gaz de combustion de la base de la cheminée initiale vers un laveur-condenseur qui permet quant à lui d’aller chercher 20 MW supplémentaires à 55 °C. Désormais, les gaz de combustion sortent par une nouvelle cheminée, plus petite, en sortie de laveur.

L’ensemble de cette chaleur mixée est utilisée pour le séchage de la matière première, c’est-à-dire des 200 000 tonnes de bois frais nécessaires pour produire 120 000 tonnes de pellets de bois par an.

La production de granulé de bois mixte

Si l’on commence par un petit rappel du calendrier, suite aux études de potentiel réalisées après l’acquisition du site, l’approbation du projet de granulation est intervenue en février 2023. L’étude technique a été conduite au premier semestre 2023, en parallèle des demandes d’autorisations administratives. L’étude d’ingénierie, l’obtention du permis de construire et le démarrage des travaux se sont réalisés au premier semestre 2024. Les équipements de récupération de chaleur sur la chaudière BEA ont été installés en octobre 2024. Les travaux ayant pris fin avec l’année 2025, la production a démarré en janvier 2026, suivie par la mise en service des deux lignes d’ensachage en février 2026.

Les cellules de stockage des matières premières humides, photo Frédéric Douard

L’organisation et la contractualisation de l’approvisionnement en bois a commencé fin 2024 pour des premières livraisons en avril 2025. La matière première est composée de 70 % de bois feuillus et 30 % de résineux. Elle prend la forme à 80 % de rondins de qualité trituration (petits bois) et à 20 % de sous-produits de scierie collectés dans un rayon maximal de 350 km. L’été est mis à profit pour reconstituer le stock roulant stratégique de 50 000 m³ de rondins.

L’une des herses d’ensilage et désilage Vecoplan des cellules de stockage des matières premières humides, photo Frédéric Douard

L’activité granulation dispose d’un accès dédié (entrée/sortie) différent de celui du papier. Chaque filière, papier et granulé, dispose donc de son propre pont de pesage, et de sa propre zone de stockage de matières premières, sans compter la partie préparation assurée sur la partie BEA du site !

La protection des zones ATex assurée par dispositifs GreCon, photo Frédéric Douard

Les bois ronds sont donc d’abord écorcés et ensuite broyés en plaquettes avec la coupeuse à disque historique du site, une Andritz monumentale pouvant passer 1 million de tonnes de bois par an ! Les écorces sont utilisées par BEA comme combustible pour la chaudière.

Deux des quatre broyeurs secs chez VPK Normandie, photo Rematec

Ensuite les plaquettes écorcées, ou blanches dans le jargon papetier, sont acheminées par convoyeurs aériens Vecoplan vers six cellules de stockage. Ces cellules, d’une capacité totale de 7500 m³ sont ensilées et désilées par un système de herses permettant un dosage précis de chaque qualité de matière, à partir de chaque cellule, et ce pour réaliser le mélange exact souhaité. En effet, à la différence des usines de granulation qui fonctionnent en scierie plus ou moins en mono-essence, dans les usines de granulation qui intègrent des essences très différentes comme ici, et en particulier des feuillus divers avec des résineux, il est primordial de doser chaque essence avec précision et régularité.

Les quatre presses à granuler Salmatec chez VPK Normandie, photo Rematec

Le mélange est donc réalisé en sortie de cellules, en actionnant les herses selon les proportions souhaitées, et est ensuite dirigé vers les deux broyeurs humides de Rematec, puis la matière broyée est transférée aux deux séchoirs à bande d’une capacité d’évaporation unitaire de 5 à 6 tonnes d’eau par heure. Ils sont alimentés en chaleur via les circuits d’eau chaude des dispositifs de récupération mis en place sur les fumées de la chaudière BEA.

La ligne d’ensachage et palettisation des granulés VPK, photo Frédéric Douard

Récupérée dans un silo tampon en béton de 2000 m³, la matière séchée est progressivement dirigée vers l’un des quatre broyeurs à marteaux dit « secs », avant mélange et passage dans l’une des quatre presses Salmatec de 4t/h. Refroidis et tamisés, les granulés sont stockés dans quatre silos métalliques tampons de 1500 tonnes en attendant les expéditions de vrac ou la mise en sacs sur l’une des lignes d’ensachage et palettisation.

Les quatre silos de granulés Symaga à Alizay, photo Frédéric Douard

L’atelier de granulation de VPK Normandie travaille pour l’instant en trois postes la semaine sur la base d’une équipe de 15 personnes. L’objectif est de passer en 5 × 8 h au cours de l’année 2026. L’installation, telle qu’elle existe aujourd’hui dispose d’une capacité maximale de 120 000 tonnes par an. Notons pour conclure que les granulés VPK Normandie sont certifiés DINplus, qu’ils présentent un taux de certification forestière PEFC supérieur de 10 % aux exigences et que l’ensemble de la plateforme biomasse est certifiée RED II.

Filtres à manches Scheuch sur les aspirations de poussières, photo Frédéric Douard

Contacts usine de granulés :

Le silo de matière à granuler Wolf en béton, photo Frédéric Douard

Contacts broyage bois et fourniture de chaleur :

Frédéric Douard, en reportage à Alizay

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